Mohamed Moez Belhassine, directeur général de l’ONTT a La Presse: «Un travail reste à faire pour  adapter l’offre touristique à la demande locale»

Pour la deuxième année consécutive, le tourisme domestique a été la bouée de sauvetage pour l’activité hôtelière. La crise du covid a braqué les projecteurs sur le potentiel du marché intérieur, mais aussi sur les avantages de la démocratisation du tourisme. Un effort d’adaptation à la demande locale, en termes d’infrastructure, de services offerts et … L’article Mohamed Moez Belhassine, directeur général de l’ONTT a La Presse: «Un travail reste à faire pour  adapter l’offre touristique à la demande locale» est apparu en premier sur La Presse de Tunisie.

Mohamed Moez Belhassine, directeur général de l’ONTT a La Presse: «Un travail reste à faire pour  adapter l’offre touristique à la demande locale»

Pour la deuxième année consécutive, le tourisme domestique a été la bouée de sauvetage pour l’activité hôtelière. La crise du covid a braqué les projecteurs sur le potentiel du marché intérieur, mais aussi sur les avantages de la démocratisation du tourisme. Un effort d’adaptation à la demande locale, en termes d’infrastructure, de services offerts et de tarifs appliqués,  est nécessaire pour revigorer un marché qui recèle un potentiel inexploité. “On va essayer de permettre à diverses classes sociales  d’accéder au tourisme. C’est le tourisme pour tous”, affirme Mohamed Moez Belhassine, directeur général de l’Ontt. Il nous en parle plus. Entretien.

Quel est l’impact de la crise sanitaire sur le secteur en termes de recettes ?

Le secteur touristique, ce joyau de l’économie mondiale, se doit aujourd’hui de relever un défi, celui de la survie face à une crise sanitaire sans précédent qui a mis à terre toutes les destinations touristiques sans exception. Fermetures de frontière, confinement sanitaire, etc, toutes ces mesures ont frappé de plein fouet la mobilité touristique. Le secteur s’est trouvé dans une situation de paralysie totale. Ce contexte reste ambigu et incertain. Toute l’industrie touristique mondiale devrait s’y adapter. Mais on commence à enregistrer des prémices de reprise à partir de 2022 surtout avec l’amélioration de la situation sanitaire et l’assouplissement des conditions d’entrée. Au niveau mondial, l’année 2020 a été marquée par une baisse des recettes qui a atteint  80% par rapport à l’année 2019. En Tunisie, les pertes, en matière de recettes touristiques, ont dépassé les 3 milliards de dinars en 2020, sachant qu’en 2019 le total des recettes touristiques s’est établi à plus de 5,6 milliards. Mais, en réalité  les pertes sont beaucoup plus importantes parce que les recettes touristiques ne reflètent pas la contribution exacte du secteur touristique à l’économie nationale. Pour avoir les chiffres exacts,  il faut un système d’information statistique très fiable. Pour le moment, on ne dispose pas en Tunisie d’un compte satellite tourisme qui permet d’avoir des indicateurs clés précis fiables de l’activité touristique. Actuellement, on utilise  les indicateurs communiqués officiellement, à savoir  les recettes touristiques, les arrivées aux frontières et le nombre des nuitées touristiques. Jusqu’au 20 septembre 2021, on a réalisé 1.736.000 dinars de recettes, soit une augmentation de 6,1 % par rapport à la même période de l’année 2020 et une baisse de 58,6% par rapport à la même période de l’année 2019.   

Jusqu’au 30 septembre, les arrivées aux frontières ont accusé une légère baisse de 3% par rapport à 2020 et de 81% par rapport à 2019 où le nombre total des arrivées a dépassé les 9.429.000 touristes non-résidents. Cet écart par rapport à ce qui a été enregistré en 2020 s’explique par la légère augmentation (8%) du nombre des arrivées au cours des deux premiers mois de 2020. Avant le déclenchement de l’épidémie, on prévoyait une année 2020 exceptionnelle. D’ici la fin de l’année, on table sur une augmentation du nombre d’arrivées par rapport à 2020. En termes de nuitées, on compte déjà, jusqu’au 10 septembre 2021, un total de 5.513.000 nuitées, soit une augmentation de 16,6% par rapport à la même période de 2020. Cet indicateur est très important parce qu’il donne une idée sur l’activité dans les établissements d’hébergement touristique. En effet, sur les 5,5 millions de nuitées touristiques, 3,3 millions ont été réalisées par des résidents. Ce qui reflète le poids du tourisme domestique qui représente 60% de l’activité.

En 2019, le marché local représente 21 % de l’activité touristique. Ce taux  a connu une nette augmentation en 2020 pour s’établir à 52%. Au niveau mondial, la part du marché intérieur se situe aux alentours de 50%. Le marché intérieur est un marché très important. Mais il faut stimuler davantage la demande locale  et  améliorer l’offre destinée aux touristes tunisiens.

Mais on ne peut pas miser uniquement sur le tourisme intérieur pour relancer le secteur? 

Bien sûr, parce que la capacité du marché intérieur est limitée. On dispose d’une capacité d’hébergement de  230 mille lits. En 2020, seulement 140 mille lits ont été mis en exploitation. En 2018, le taux d’occupation était de 40%, il est passé à 44,6% en 2019. En 2020, le taux d’occupation frôle à peine les 11%. Il faut faire tourner les hôtels. Notons que l’investissement cumulé dans le secteur touristique est de 10 milliards de dinars. Donc, le tourisme intérieur est un marché important mais il faut également développer d’autres marchés.

Vous dites qu’il faut mettre en place une stratégie pour stimuler le marché local. Quelles sont ses grandes lignes ?

On a désormais élaboré  une stratégie qu’on a commencé à mettre en place. Déjà la croissance du nombre des nuitées réalisées par les touristes locaux est, en partie, due à un mécanisme de soutien au tourisme intérieur qu’on a mis en œuvre. En décembre 2020, l’Ontt a signé une convention avec les fédérations professionnelles de la FTH et la Ftav. Elle comprend des incitations financières au profit du consommateur tunisien pour l’encourager à passer ses vacances dans les établissements touristiques. On a également mis l’accent sur le volet communication. On a donc conçu une série de capsules pour faire la promotion de diverses régions touristiques sur les réseaux sociaux. Ces capsules mettent en valeur les richesses dont regorge notre pays à Tabarka, Aïn Drahem, Kairouan, Tozeur, etc.

On a, aussi, sponsorisé une émission diffusée sur les ondes d’une radio privée pour faire  la promotion des régions tunisiennes. On a également fait appel à des créateurs de contenu tunisiens pour la promotion digitale sur  les réseaux sociaux. Mais un travail reste à faire pour  adapter l’offre touristique à la demande locale. Il faut une mise à niveau de l’hébergement, du circuit touristique, du transport. Il faut offrir un produit qui convient à la famille tunisienne. Si on prend l’exemple de l’infrastructure, on trouve que les hôtels en Tunisie ne disposent pas de parking  alors que les familles tunisiennes se déplacent en voiture. Les établissements hôteliers sont conçus pour recevoir les bus de touristes étrangers. C’est un problème à régler au niveau des parkings. La restauration est un autre élément important pour la famille tunisienne. Elle doit être adaptée au goût des touristes locaux. Il est, aussi, important de diversifier les programmes  en incluant des visites aux endroits touristiques de la région. On pense peut-être à décaler  les horaires du check-in et du check-out. Il est également question d’améliorer  la qualité du service, d’adapter l’infrastructure étant donné qu’il n’y a pas de chambres familiales, de diversifier le mode d’hébergement et de penser à un mode d’hébergement économique qui prend en compte le pouvoir d’achat du Tunisien. C’est dire qu’il est essentiel de tout prévoir pour que le Tunisien se sente satisfait. Il faut également se pencher sur la question du meuble touristique afin d’élaborer et d’appliquer des normes à cette catégorie d’hébergement prisée par les Tunisiens. Le concept des chèques vacances peut aussi s’avérer une solution pour booster la demande.

Donc, il faut une étude approfondie sur le marché local. L’étude est en cours de préparation. Elle va nous permettre de déceler le comportement du marché local et de comprendre ses attentes par rapport à ce qui est offert. On va parler tourisme social. On va essayer de permettre à diverses classes sociales d’accéder au tourisme. C’est le tourisme pour tous.

Où en est-on du plan de relance ?

On travaille sur le plan de relance depuis le mois de janvier 2021 dans une démarche consultative participative. Le ministère a mis en place une commission mixte qui regroupe les différents départements ministériels (du Transport, de l’Environnement, de l’Intérieur, de la Santé, de Finances, de la Culture et de la Jeunesse et du Sport) ainsi que la BCT.

Elle a réalisé plus de  84 réunions de travail rassemblant 256 intervenants institutionnels. Concernant l’output, on prévoit l’organisation d’un événement pour communiquer sur le plan de relance qui a fixé l’objectif de réaliser 20% des fréquentations de 2019 en 2021 et 60% de la fréquentation de l’année 2019 à partir de 2022 avec la perspective d’un  retour à la normale en 2024, 2025. Le redémarrage sera envisageable à partir de 2022, avec un engagement d’investir dans la diversification de l’offre et l’adaptation  aux nouvelles exigences de la demande touristique.

Mais ces scénarios demeurent tributaires de la situation épidémique, de l’assouplissement des conditions d’entrée et de l’ouverture des frontières avec l’Algérie  qui est un marché stratégique. Bien sûr, il faut décaisser les fonds nécessaires pour mettre en œuvre le plan en question.   

Dans le cadre de la relance, on travaille sur plusieurs axes. Le premier c’est  la sécurité sanitaire. Pour la reprise immédiate il fallait garantir la sécurisation sanitaire des sites avec la mise en place d’un protocole sanitaire et  l’accélération de la vaccination. Le protocole sanitaire a été adopté et actualisé tandis que la vaccination se déroule désormais à un rythme accéléré. On a dépassé les 90% de taux de vaccination du personnel du secteur.   Le deuxième objectif est de préserver le tissu économique et social à travers des mesures de soutien financier et d’aide sociale. Des crédits covid ont été décaissés, à cet effet. Il faut penser à proroger les délais d’exécution de ces mesures jusqu’à fin 2022 et faciliter l’accès aux dispositifs sociaux et fiscaux engagés. Aussi, les professionnels demandent  des crédits de fonds de roulement plus accessibles et un allégement  de certaines charges. Le transport, la communication et la diversification de l’offre sont également des axes sur lesquels on est en train de travailler pour préparer la relance

A quand les réformes dans le secteur du tourisme?

Les orientations stratégiques du tourisme tunisien ont été fixées depuis 2010. Ils font l’objet de réajustement selon l’évolution de la demande. La gouvernance, les interactions avec l’environnement, la diversification, la digitalisation, la durabilité, la qualité, la formation, et le marché intérieur sont toutes des orientations stratégiques  pour développer le tourisme tunisien sur lesquelles on travaille depuis 2010. Il y a certains projets qui avancent comme celui des normes de classement et ceux qui n’avancent pas. Il faut des démarches participatives qui garantissent l’adhésion de tous les intervenants à ce processus de réforme. 

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